Quand je pense qu'on avait traité Rachida Dati de tous les noms pour avoir rédigé un code pénal des mineurs et suggéré une généralisation des centres éducatifs fermés (CEF). Il a suffi d'un fait-divers particulièrement atroce pour que ces mesures soient reconsidérées. 
J'ai regardé avec attention l'émission Mots Croisés d'hier spécial "Agnès", donnant la parole à des professionnels qui tentaient d'éclaircir les interrogations citoyennes.
J'étais particulièrement intéressée par la réponse des magistrats et du psychiatre, et j'avoue qu'ils m'ont beaucoup déçue. Bien sûr, les professionnels doivent se blinder et répondre dans le calme, mais l'impression donnée par Monsieur Bonduelle n'était pas celle d'une dignité mais d'une froideur glaçante - je préfère la douleur lisible dans le regard lorsqu'on parle de pareille abomination.
Les deux points qui m'ont le plus choquée : le premier concerne les réserves émises par Mathieu Bonduelle, secrétaire général du syndicat de la magistrature, sur les centres éducatifs fermés. A savoir : il considère qu'un jeune criminel qui a une bonne capacité de raisonnement n'y a pas sa place, que ces centres sont dévolus à une catégorie de jeunes sans repères, avec une faible intelligence et un niveau socio-culturel médiocre. J'ai été très frappée par ce nivellement des peines en fonction du cognitif. Et je ne peux pas admettre qu'on puisse présenter l'être humain de manière aussi sommaire : favoriser l'intelligence supposée de jeunes violeurs et ne pas les mettre en CEF, ce n'est pas une justice à deux vitesses, c'est une absence de justice. Croire que seule l'instruction pallie le pulsionnel est une utopie cartésienne.
En gros : que ce jeune homme qu'on appelle Matthieu vienne d'un milieu plutôt évolué, avec un père enseignant, qu'il présente de bonnes capacités de raisonnement ne sont pas pour moi des circonstances atténuantes, mais bien des circonstances aggravantes à l'horreur de son geste.
Il me semble hautement répréhensible du point de vue de la magistrature comme des psychiatres d'accorder plus d'intérêt, plus d'attention à un coupable parce qu'il a un vocabulaire élaboré et des garanties intellectuelles. On rejoint alors ce que j'appelle "l'esthétique de la turpitude" qui laisse de côté la notion pourtant capitale d'intelligence émotionnelle.
Le deuxième point qui ne me convainc pas et qui va bien au-delà du cas de ce violeur: le jusqu'au boutisme de Pierre Lamothe, psychiatre du service hospitalier de Lyon. J'avais lu un article de cet homme avisé qui m'avait beaucoup plu par son honnêteté, celle de dire "stop à l'argument 'on manque de moyens', tout n'est pas affaire de moyens en psychiatrie et cela relève de notre responsabilité à nous, médecins". Si du point de vue philosophique je l'ai trouvé intéressant, du point de vue humain il m'a semblé parfois malhonnête, malhonnête par souci d'humanisme, mais malhonnête quand même.
J'entends bien son rappel plein de bon sens, à savoir que LA VIE EST UN RISQUE et ce risque, personne ne peut l'éradiquer. J'entends aussi ce postulat auquel je crois intimement : "Tout être humain, aussi méprisable soit-il, possède un talent".
Mais au delà du talent, il sait comme le savent tous les grands psychiatres qu'il existe une petite frange de pervers (Fourniret, Dutroux...) dont l'âme est trop mutilée, trop abimée pour pouvoir s'en sortir. Il sait que la pulsion de plaisir est la plus violente chez l'être humain, et que cette pulsion, chez certains êtres, fonctionne avec le besoin impérieux de torturer autrui. Il sait que si on ne croit pas totalement au déterminisme, pour une infime proportion de criminels, ce déterminisme existe et qu'on ne peut rien y faire. Un petit coup d'Eurotas pour ces êtres incapables de revenir au pays des hommes? Je reste contre la peine de mort, mais pour les cas extrêmes de violeurs en série, je suis pour la perpétuité incompressible (avec une certaine hypocrisie car si je suis contre la peine de mort, le suicide d'un Fourniret ou d'un Dutroux dans sa cellule me procurerait un soulagement sans mélange). Cette digression sur les pervers affirmés ne me fait pas renoncer à l'idée qu'un jeune criminel a, oui, des chances de ne pas rechuter. Mais pas sans sanction adaptée ni suivi un peu plus minutieux qu'une thérapie tous les quinze jours.
Je suis d'accord avec Rachida Dati, et ce dès le départ, pour mettre tout jeune violeur dans un CEF, quel que soit sa condition sociale ou son degré d'intellect. Ce fameux degré ne doit en aucun cas justifier une insertion dans un système classique. Au passage, les CEF sont des centres où l'on peut poursuivre sa scolarisation, en plus d'un suivi pédo-psychiatrique.
J'en profite pour préciser que j'ai eu la chance dans ma vie de rencontrer certaines personnes dites "de haute volée" : professeurs de médecine, un prix Nobel, entrepreneurs de génie, grands artistes. Jamais je n'ai connu de personne possédant une intelligence émotionnelle aussi aiguë que celle de Rachida Dati. C'est-à-dire la capacité à entrer dans le vif du sujet, celle de synthétiser émotion immédiate et pragmatisme, absence de sectarisme, courage.
A titre personnel, son amitié est mon talisman.
Baisers de la pine'up certes subjective au regard de cette amitié, mais riche d'un parcours individuel qui a hélas croisé un prédateur.